05 mars 2006
Catherine Margaté au conseil général des Hauts de Seine
Catherine Margaté sur le rapport 06.26 mise en place de « policier référent »
Monsieur le Président,
Cher(e)s Collègues,
Tout
d’abord alors que notre assemblée n’a pas été consultée, la signature
d’une convention est déjà annoncée partout dans les médias.
A quoi cela sert donc d’avoir un débat ? C’est accessoire !
Une
nouvelle fois dans la précipitation et sans aucune concertation avec
les conseils d’administration et personnels des collèges, vous nous
soumettez aujourd’hui un rapport concernant un protocole de mise en
place de policiers référents au titre de la politique de sécurité dans
les collèges.
Serait-ce parce qu’il y a quelques années, ce projet a échoué au collège Manet de Villeneuve-la-Garenne ?
Serait-ce
parce que lors de votre médiatique intervention, à Courbevoie, il y a
quelques jours, cette proposition a reçu une écoute fortement mitigée ?
Serait-ce
parce qu’aujourd’hui enseignants, syndicats, parents d’élèves
s’opposent à un tel dispositif niant le caractère éducatif des
établissements scolaires ?
Dans
un premier temps, ce dispositif que le groupe communiste ne votera pas,
vous le prévoyez pour une durée expérimentale de 6 mois. Il toucherait
12 collèges, soit la totalité des collèges de Clichy la Garenne,
Courbevoie et Antony, pour ensuite être étendu à tous les collèges du
département après bilan.
Nous pouvons nous poser la question sur quels critères ont été choisis ces collèges ?
Ce
policier en tenue d’uniforme sera doté d’un local et de moyens
informatiques portables. La liste des missions qui lui seraient
confiées (article 4 du protocole) outrepassant les compétences du
Conseil général. Pourtant vous ne cessez de prendre comme références
celles-ci pour vous désengager à l’exemple des bourses aux lycéens et
étudiants.
Elles
mêlent des tâches « pédagogiques » ou de "prévention" comme la
participation à certains conseils d’administration et réunions du
comité d’éducation à la santé et à la citoyenneté ou le rappel aux
règlements, à des tâches directement liées à la fonction policière
répressive comme le signalement d’incidents, et l’instruction directe
de plaintes suite à des « infractions » commises dans l’établissement,
transformant les lieux éducatifs que sont les établissements scolaires
en annexe du commissariat de police.
Ce
dispositif outre qu’il dessine (une fois de plus) les contours d’une
politique stigmatisante en direction des jeunes plus répressive
qu’éducative, risque d’entraîner de graves confusions de repères en
matière d’autorité (autorité des enseignants et du principal lui-même,
rôle des acteurs de la vie scolaire, du règlement intérieur, du conseil
de discipline…).
Il est selon nous impossible de faire cohabiter deux logiques différentes dans un même lieu sans susciter des incohérences graves entre adultes, préjudiciable à toute efficacité éducative, aux relations de confiance et à la sérénité nécessaires aux apprentissages.
Une
fois de plus cette précipitation, dans le seul but de faire parler du
laboratoire des Hauts-de-Seine, risque d’aggraver les problèmes.
Je
tiens d’ailleurs à rappeler que déjà des policiers interviennent dans
les établissements à titre éducatif de façon ponctuelle et positive
pour informer du rapport aux lois et aux infractions pénales. Que dans
les villes des comités de sécurité et de prévention associant la
communauté éducative, les élus et la police facilite des éventuelles
démarches de prévention voire de saisie du Parquet en cas d’incidents
existent. Peut-être qu’il faudrait préciser le rôle de ces officiers de
prévention voire leurs moyens pour accomplir leur mission ? Mais ces
mesures sont autrement plus productives que ce que vous proposez
aujourd’hui.
Ce
projet constitue une véritable provocation comme ce que nous pouvons
lire ces derniers jours dans la presse concernant votre projet ultra
libéral pour l’école.
Vous
avez d’ailleurs annoncé ce dispositif de « policier référent » le jour
même où se tenait le CDEN - au moment où votre gouvernement remet en
cause les moyens dédiés à l’éducation prioritaire (seulement trois
collèges ambition/réussite seraient créés dans un cadre déréglementé,
alors que d’autres établissements ZEP classés du département risquent
de sortir de ZEP et perdre ainsi les moyens alloués).
Mais vous
semblez ignorer que lors de ce CDEN, tous les représentants des
syndicats d’enseignants et d’associations de parents d’élèves se sont
élevés contre ce projet gouvernemental qui prévoit la diminution de la
dotation globale horaire pour tous les collèges.
Depuis
trois ans, la politique gouvernementale ne fait qu’asphyxier
budgétairement l’Education Nationale. Des milliers d’emplois de
surveillance ont été supprimés et la politique ministérielle de
recrutement a baissé de 30% les postes au concours et divisé par deux
ceux des personnels pourtant essentiels dans l’accompagnement des
jeunes en difficulté (Conseillers principaux d’Education, Conseiller
d’Orientation- Psychologues…).
Notre groupe votera contre ce
rapport car avant tout ce dont les collèges ont besoin ce sont d’abord
des moyens supplémentaires notamment pour remédier à l’insuffisance de
personnel d’éducation et d’accueil, d’assistants sociaux, de médecins,
d’infirmières, de conseillers d’éducation. Des personnels formés et
compétents pour répondre au besoin de prévention et de suivi des élèves
les plus en difficulté.
Mais aussi, ce dont les collèges ont besoin c’est une dotation horaire globale à la hauteur.
VOIR SITE SOURCE
Voici quelques propos entendus lors du débat sur ce rapport :
Nicolas
Sarkozy a justifié la mise en place de « policier référent » dans les
collèges pour que les professeurs qui sont confrontés à des gens
agressifs, mesurant 1m85, et devant lesquels ils ne peuvent pas faire
face, puissent avoir quelqu’un qui intervienne et porter plainte de
suite, car les enseignants ne sont pas écoutés par leur hiérarchie.
Pour faire cette démonstration, il s’est appuyé sur le cas d’Etampes où
une enseignante s’est fait agresser.
Le
maire de Clichy est intervenu pour dire qu’il avait appris seulement la
veille de la séance, à 16h30, par fax que les collèges de sa ville
avaient été choisis pour cette expérimentation, avant de la multiplier
dans tous les collèges du département.
Sur
ce, Nicole Gouëta, maire de Colombes est intervenue pour dire que si le
maire de Clichy n’en voulait pas, elle, elle voulait bien que
l’expérimentation soit menée dans sa ville car les jeunes le réclame,
ils ont fait des manifestations devant la mairie ! ! !
La
convention avec l’Etat, l’Inspection d’Académie a été signée, devant de
très nombreuses caméras, malgré l’opposition des élus de gauche, des
syndicats d’enseignants et des parents d’élèves. Isabelle Balkany a
déclaré que maintenant que cette convention était signée, les conseils
d’administration des collèges devraient être consultés. Et s’ils n’en
veulent pas, il n’y en aura pas.
Par
ailleurs, Nicolas Sarkozy a dit à propos de l’incident grave survenu à
l’internat de la réussite d’Asnières que ce n’était pas de sa
responsabilité mais celle de l’Education nationale. Les équipes
pédagogiques du collège concerné apprécieront, le conseil
d’administration n’ayant jamais été consulté ! ! !
